Cultures bretonnes
Portrait

Louri Derrien, la musique comme une évidence

Publié le 28 octobre 2026
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Parce que trop souvent, les musiques trad’ sont associées à de grandes figures tutélaires qui ont contribué depuis plusieurs décennies à initier leur renouveau auprès du grand public, les jeunes pousses qui contribuent à leur pérennité sont invisibilisées. Nous y remédions ce mois-ci avec ce portrait de Louri Derrien, talentueux musicien de la scène actuelle.

Il a baigné tout petit dans le monde des festoù- noz, Louri Derrien. Dans son pays de Bourbriac, ses parents excellent à la Dañs Plinn et à la Dañs Fisel, son père ayant été titré au fameux concours de Rostrenen. Scolarisé à Diwan, il commence la musique par l’étude du violon sous la férule d’Olivier Steunou à Magoar. Très rapidement, c’est le chant qui devient son autre centre d’intérêt. Il se produit sur scène avec ses camarades de Kanfarted Magor, où l’on retrouve également la future candidate à l’Eurovision, Sterenn Diridollou. Ce groupe d’adolescents est pris en main par une légende du kan ha diskan, Robert Le Bastard. Cet apprentissage le mène presque tous les week-ends à faire danser le public, une école qui permet à ces chanteurs de connaître très tôt les impératifs de la scène. Cette pratique présente également l’avantage d’une immersion auprès d’anciens qui leur prodiguent moult conseils et encouragements, et pour cela, souligne Louri : « il faut accepter la critique » nécessaire à la compréhension des subtilités du genre et de la langue qui le porte.

Les années lycée, à Diwan Carhaix, seront autant d’opportunités de rencontres avec de jeunes musiciens de tous horizons. Louri souhaite étudier la bombarde. Il prend des cours de tin-whistle, ce petit pipeau métallique irlandais, afin de se familiariser au doigté. Un détail cependant lui échappe, il pose ses doigts à l’envers sur le whistle qui peut être joué indifféremment en gaucher ou en droitier. Ce qui peut paraître anecdotique empêchera Louri d’envisager ultérieurement l’étude d’instruments comme le saxophone ou la clarinette, dotés de nombreuses clés. Et au lycée, il intègre un groupe de fest-noz, Kedal, avec lequel il remporte le concours interlycées de Lannion. C’est également à Carhaix qu’il rencontre son compère Elouan Le Sauze et ensemble ils participeront brillamment à plusieurs concours de sonneurs dont le fameux championnat de Gourin. Parallèlement, il joue les solistes au bagad de Bourbriac, groupe à la progression fulgurante.

Puis vient le temps de la Fac. Vivant « la musique comme une évidence » selon ses propres termes, Louri s’inscrit en Musicologie à Rennes, afin d’approfondir ses connaissances au-delà de la musique traditionnelle. La formation universitaire l’amène à aborder un nouvel instrument, la trompette, auprès de Meriadeg Guillanton qui donne quelques cours particuliers, mais c’est surtout le travail personnel qui le fait progresser. Son diplôme de Musicologie en poche, Louri décide de poursuivre par le Pont Supérieur qui accompagne les étudiants dans une démarche professionnalisante. À l’enseignement théorique s’ajoute un tutorat ainsi que l’approche d’un second instrument. Ronan Le Gouriérec et Erwan Hamon prennent tour à tour en charge l’enseignement de la bombarde. Pour la trompette, c’est un professeur du Conservatoire qui guide l’élève pendant un semestre de manière à poser les bases techniques avant de passer le relais à Gaby Kerdoncuff plus porté sur les musiques traditionnelles bretonnes et des pays de l’Est. Cette formation durera trois ans et s’avérera déterminante dans la trajectoire de Louri qui décide désormais de vivre de la musique.

L’incontournable Kreiz Breizh Akademi

À l’issue du Pont Supérieur, Louri postule pour la septième promotion de la KreIz Breizh Akademi, structure fondée par Erik Marchand et Gaby Kerdoncuff, destinée à initier des jeunes musiciens et chanteurs aux richesses de la modalité en explorant d’autres traditions adeptes elles aussi de « gammes à entendement modal », à savoir des intervalles non tempérés. Le thème de cette promotion est le bagad, mais au sens élargi car pas moins de 18 musiciens, venant du monde des bagadoù mais également d’autres univers musicaux, y prennent part. Louri y joue essentiellement de la trompette avec Alan Le Tenneur, le chant est assuré par Élodie Jaffré et Axel Landeau. Cette mise en contact avec des musiques d’ailleurs, procure des outils pour élaborer un langage innovant. Ainsi, Louri voyage jusqu’en Inde près de Jaipur pour travailler avec Hameed Khan, immense joueur de tablas. Là, il peut insister sur l’aspect rythmique souvent complexe de la musique indienne. La multiplicité de ces rencontres sera un facteur déterminant dans la démarche de Louri Derrien, qui souhaite créer une musique bretonne ouverte sur le monde, sans oublier ses propres racines. À la lecture de ses expériences, on en est pleinement convaincu. Au fest-noz avec Modkozmik ou Arn, groupes qui développent une énergie bluffante, ou en duo avec le clarinettiste Meriadeg Lorho-Pasco, voilà pour le principal, mais le reggae avec Faygo, ou encore le jazz avec les Flying Chevals sont d’autres domaines qu’il explore volontiers pour ajouter d’autres cordes à son arc !

Portrait réalisé par Karr Nij