Cultures bretonnes
Portrait

Figures libres

Publié le 30 septembre 2026
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Pour cette première rubrique dédiée à toutes les cultures de Bretagne, nous avons fait le choix de mettre en lumière deux personnalités fortes du territoire qui incarnent une forme de lutte moderne pour la reconnaissance de la langue bretonne. Portrait croisé.

Il est musicien. Elle est créatrice de contenus digitaux. Il a appris le breton à l’école Diwan de Saint-Brieuc comme on apprend à marcher et elle a fait de son amour pour cette langue son métier. Lui aussi d’ailleurs puisqu’il ne chante exclusivement qu’en breton. Leur rencontre était elle écrite ? Peut-être bien… Quoi qu’il en soit, ce sont bien deux parcours différents qui se sont croisés, les amenant aujourd’hui à collaborer ensemble pour proposer un cycle de conférences musicales baptisé Langues et musiques de Bretagne à l’ère du numérique. Eux, c’est tout d’abord Maïlys Princé, 37 ans, professeure de breton pour adultes basée sur l’île de Groix et plus connue sur les réseaux sous le pseudo bretonnebretonez. Avec ses 38,8 K followers sur Instagram, Maïlys incarne cette nouvelle génération de créateurs de contenus qui ont su s’emparer de la sphère numérique pour en faire un espace de liberté de prise de parole. « J’ai lancé ma chaîne Youtube en 2020 au moment du Covid afin de continuer à pouvoir dispenser mes cours à distance. » Rapidement, celle qui ne se donne « pas de limite » dans le spectre des sujets qu’elle aborde, s’empare des réseaux sociaux pour évoquer « les sujets qui me révoltent,
comme les peuples invisibilisés dont les Bretons et les Basques font partie par exemple. » Tombée amoureuse de l’île de Groix « dès la première visite », elle y consacre le mémoire de son Master de breton intitulé Différents dialectes de Breton de l’île de Groix en 2021, préfigurant le Petit Dictionnaire du breton de Groix*, sorti cette année. Eux deux, c’est aussi Brieg Guerveno, 43 ans, musicien accompli, chanteur bretonnant et militant infatigable de la défense de cette langue dans l’espace public. Auteur des deux merveilleux albums de folk crépusculaire Vel Ma Vin (2020) et Un Noz A Vo** (2025), qui récolte les très convoités TTT dans Télérama, Brieg sillonne les scènes depuis plus de 20 ans, mélancolie et amour de sa langue en étendard. « Nous nous sommes rencontrés au printemps 2025, sourit Maïlys lorsque j’ai souhaité créer un contenu pour parler de son travail que je connaissais déjà ».

« Tout est politique ! »

Aujourd’hui duo militant sur scène comme sur leur île (oui, ils ne cachent pas leur vie commune), ils revendiquent à deux et à l’unisson porter la lutte pour la défense de la langue bretonne et son identité culturelle dans l’espace public. Si elle est avant tout numérique pour elle et scénique pour lui, cette lutte politique est clairement assumée. « J’évoque l’histoire de la Bretagne, les luttes sur notre territoire, mais aussi les figures féminines bretonnes oubliées. Pour moi, cette culture-là est éminemment politique », explique Maïlys. « Tout est politique », renchérit Brieg qui s’est lancé dans un projet ambitieux en créant en 2025 l’association Musiques en Bretagne afin de porter la charte éponyme visant à défendre les musiques produites en Bretagne et élargir leur diffusion dans l’espace public. Dans le viseur du projet, la Sacem et son système de répartition qui occulte totalement la notion de territorialité des productions musicales. « C’est un défi immense », avoue le musicien auteur d’une tribune sur le sujet, largement relayée par la presse régionale et nationale.

« Nous avons des choses à dire en commun »

Et si le Costarmoricain d’origine, aujourd’hui Groisillon de coeur, poursuit son aventure musicale de son côté, cette série de conférences données en médiathèques partout sur le territoire breton est l’occasion pour eux deux de porter cette voix sur scène, en public. « Nous avons des choses à dire en commun », expliquent-ils et « prendre la parole sur ces sujets-là permet de se passer des médias traditionnels qui occultent volontairement l’ensemble de ces questions d’identité culturelle régionale », revendique le duo. Une forme de prise de pouvoir médiatique indépendante et libre face à une invisibilisation volontaire en quelque sorte. Mais si le fond est éminemment politique comme ils le revendiquent tous les deux, cela n’empêche pas la créatrice de contenus d’adopter de son côté une démarche pédagogique loin d’une austérité piégeuse. Cadrages vivants, sujets variés (oui, il n’y a qu’un pas entre les luttes ouvrières bretonnes des années 70 et la recette du gâteau aux pommes inondé de beurre salé !), Maïlys soigne autant la forme que le fond dans des vidéos qui font mouche auprès d’un public toujours croissant. Alors à quand, une conférence en Côtes d’Armor ? « Nous avons contacté quelques médiathèques mais pour l’instant, rien de concret n’est encore planifié », sourit l’ex-Briochin. L’appel est lancé.

Portrait réalisé par Marc Aumont.