Zone grise
Tourné en huis clos dans une école de police, le film interroge la vocation des jeunes recrues qui ont choisi de se mettre au service de la population et ce qui fait l’essence de la fonction qu’ils s’apprêtent à intégrer. Les élèves et formateurs de l’école sont soumis au devoir de réserve. Ils ne peuvent donc pas exprimer librement leurs opinions et aucun d’entre eux ne souhaite être identifiable.
La position est d’apparente neutralité : tandis que l’école de police de Saint-Malo ouvre ses portes à la caméra de Liza Guillamot, élèves et formateurs apparaissent à l’écran le visage brouillé d’un masque numérique qui leur prête d’autres traits – plus lisses – protégeant ainsi leur anonymat. Les cours se déroulent, magistraux ou pratiques, le contenu d’une formation portant la voix de l’institution se dessine. Les premières expériences sur le terrain (très vite : le racisme) font écho aux questions de cours sur l’interdiction du contrôle au faciès, mais la cohérence d’une formation aux bonnes pratiques est battue en brèche par le nombre d’occurrences distillées au cours du film, qui tournent et retournent les questions épineuses de façon kaléidoscopique. L’indétermination de la vocation (le film de jeunesse : où vais-je ainsi ?), le cède à la « zone grise » de contradictions apparentes qui insidieusement s’accumulent, jusqu’à venir rencontrer la réalité verticale des affectations des nouvelles recrues (où va la police ?).