L'Edito


Presqu’île subtile, péninsule majuscule (été 2010)

Le Mont St-Michel n’est pas en Bretagne. Nantes l’est mais ne l’est pas ! L’Ille-et-Vilaine lorgne sur Dinan. La Rance, moins rigoureuse que le Couesnon, met Dinard en Ille-et-Vilaine et Pleudihen en Côtes d’Armor. Erquy et Pleumeur-Bodou revendiquent Astérix. Les légendes arthuriennes sont-elles en Morbihan ou en Finistère ? Les meilleures huîtres sont à Paimpol ou à Cancale ? Non, ce sont les huîtres de Prat ar Coum, à l’Aber Wrac’h, où on ne vend pas que du beurre en vrac, et la voisine c’est Jane Birkin. Portsall a-t-il été nommé ainsi avant ou après le naufrage de l’Amoco Cadiz ? Le vertigineux sommet des Côtes d’Armor est-il au Mont Bel-Air ou au Menez Bré, et celui de la Bretagne le Roc Trévezel ou Tuchen Kador ? Le point le plus à l’Ouest de la France continentale n’est pas la Pointe du Raz mais la Pointe de Corsen. Quel est le passage le plus difficile, le Raz de Sein ou le Fromveur ? Quel grand personnage historique avait établi sa capitale régionale à Pontivy sous le nom de Napoléonville ? La ville d’Ys était-elle bien en baie de Douarnenez ? La guerre avec la Normandie n’est pas terminée, puisque l’on se bat encore pour les meilleurs cidres, moules, morues, andouilles, marins et bateaux. La partie la plus difficile du canal de Nantes à Brest a été creusée par des bagnards. Il y a des phoques, des pingouins et des requins dans la Manche.
Mais à côté de ces quelques éléments anecdotiques et néanmoins subtils, l’attractivité de notre Bretagne réside dans une activité culturelle exceptionnelle, en été bien sûr, mais aussi tout au long de l’année. N’hésite pas, visiteur de la Bretagne, à venir nous rendre visite à tout moment, tu ne le regretteras pas, mais n’oublie pas de te munir de ton Cri de l’Ormeau pour éclairer tes sorties culturelles. Tu disposes actuellement d’une édition Côtes d’Armor et d’une Pays de Pontivy. Reviens l’année prochaine, tu auras une édition Morbihan. Et dans deux ans une édition Finistère. Et dans trois ? Inch Allah !

Patrice Verdure
Non plus pas breton


Ecoutons Victor Hugo

" Je dis, messieurs, que les réductions sur le budget spécial des sciences, des lettres et des arts sont mauvaises doublement : elles sont insignifiantes au point de vue financier, et nuisibles à tous les autres points de vue.
Ce système d'économies ébranle d'un seul coup tout cet ensemble d'institutions civilisatrices qui est, pour ainsi dire, la base du développement de la pensée française.
Et quel moment choisit-on pour mettre en question toutes ces institutions à la fois ? Le moment où elles sont plus nécessaires que jamais, le moment où, loin de les restreindre, il faudrait les étendre et les élargir.
Quel est le grand péril de la situation actuelle ? L'ignorance. L'ignorance encore plus que la misère (...). C'est à la faveur de l'ignorance que certaines doctrines fatales passent de l'esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau confus de multitudes.
Et c'est dans un pareil moment, devant un pareil danger, qu'on songerait à attaquer, à mutiler, à ébranler toutes ces institutions qui ont pour but spécial de poursuivre, de combattre, de détruire l'ignorance ! Sur ce point, j'en appelle, je le répète, au sentiment de l'Assemblée. Messieurs, il n'y a pas que la prudence matérielle au monde. Les précautions grossières, les moyens de force, les moyens de police ne sont pas, Dieu merci, le dernier mot des sociétés civilisées.."

Bon ! Après Victor Hugo, je ne vais pas poser des mots à moi ! Ca aura réussi à me clouer le bec, et surtout à vous laisser méditer, et lire aussi l’article de la page suivante.

Patrice Verdure
Bec cloué


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Breizh storming

Etant breton de racines normando-pariso-alsaciennes (je ne devrais pas me livrer comme çà, ça reste entre nous, hein !), je peux difficilement me permettre d’être un fanatique fervent trad pur beurre de la culture bretonne. Attention à ces convertis qui sont souvent les plus intégristes ! J’y suis sensible, je l’apprécie, serais prêt à me battre pour sa défense, mais je vibre plus à l’écoute de musiques modernes, de recherche, d’innovation, de croisements et de métissages... Et ça tombe bien parce que la musique bretonne est probablement celle qui a le plus de capacités et d’envies de s’associer aux cultures d’autres origines les plus diverses. C’est cet effet « bouillon de culture » qui me scotche à la Bretagne (arrête d’embêter ces messieurs-dames avec tes états d’âme persos !).
Alors vous comprendrez que vous présenter le mois de mai en Côtes d’Armor et Pays de Pontivy est pour moi un vrai régal, le mois de tous les genres. Côté culture bretonne, c’est quasiment un record : Gouel Breizh (ex Fest-Yves), 30 ans de SKV, Emvod, Ar Redadeg, Gouel Broadel, QuébeCeltie, la pêche à la morue, C’hoarioù Breizh (sports bretons), des disques bretonno-mix (Nolwenn Korbell, Darhaou, Oktopus, N’Diale, Katé Mé). Et puis on passe aussi par le rock le plus innovant (Art Rock, Roc’han Feu), l’Afrique (Complèt’ Mandingue), la marionnette italienne (Marionnet’Ic), les clarinettes et les bombardes du Monde (Glomel, Cléguérec), la country (Pontivy), Bretagne-Brésil (Locminé),...
Si vous ne disposez que de l’édition Côtes d’Armor ou du Pays de Pontivy, vous trouverez bien sûr les infos du territoire voisin sur cridelormeau.com.

Patrice Verdure
Citoyen du Monde


L’écrit de l’Ormeau

Récemment un auteur n’a pas apprécié la critique que j’avais faite de son roman. Ca me désole un peu, parce que c’est un auteur que j’aime bien, mais qui aime bien châtie bien. Il me reproche d’avoir raillé la forme de son livre et de n’avoir rien dit sur le fond. Ce n’est pas faux, oui, j’aurais pu, mais la façon dont il a traité son sujet m’a déplu, desservant la cause qu’il voulait défendre. Et comme c’était un livre plutôt du bord gauche, il en a conclu que j’étais de l’autre bord. Or, je ne suis ni de gauche ni de droite, bien au contraire, et pas du centre non plus. Je ne m’avouerai jamais au sein de ce journal d’une quelconque tendance politique : bien trop peur des représailles qu’une autorité influente pourrait nous infliger, pratique ancienne maintenant abolie mais on ne sait jamais. Courageux mais pas téméraire. Si certains croient discerner à travers nos écrits une tendance plutôt qu’une autre, c’est leur problème.
Combien de fois depuis que j’écris ce Cri de l’Ormeau n’ai-je pas été pris au piège de ce que j’avais écrit, combien de fois depuis ma naissance même ! Qui de nous, cher confrère, chère consœur, n’a jamais été compris de travers ? Le signal que j’émets passe par le filtre de ton entendement. Qui a dit "Une œuvre se forme à mi-chemin entre ce qu'a voulu dire un artiste et ce qu'a voulu voir un spectateur" (a- Confucius, b- Marcel Duchamp, c- Dalida, d- Bernard-Henry Lévy, e- Bernadette Chirac, f- Mère Teresa, g- Georges Crachemulle ?
L’auteur dont je parlais au début n’a pas eu de chance, il faut l’avouer. Son livre aurait pu être traité par un de mes collègues à l’opinion complètement autre, ou par moi mais à un autre moment. La réceptivité que l’on a d’une œuvre peut être très différente à un moment ou à un autre. On est des humains sensibles sujets à des humeurs changeantes.
C’est un des messages que je veux essayer de faire passer auprès d’élèves de 4è d’un collège sud-finistérien que je suis chargé d’initier à l’art de la chronique de disque. Sous quelle forme va-t-il arriver à leur entendement ? On n’est pas peu fi ers, au Cri de l’Ormeau, de cette fonction de "passeur de culture" dont on s’est investis, passeur entre émetteurs et récepteurs de l’action culturelle. Mais c’est pas facile, bordel de merde !

Patrice Verdure
Go-between


L’année du buffle est terminée

Il y a 200 ans, Napoléon faisait de Pontivy un centre administratif important, voulant mettre en œuvre
un dessein pacificateur et civilisateur dans une région en proie aux troubles civils : une ville nouvelle, nombreuses administrations, routes, chemin de fer, canal du Blavet, canal de Nantes à Brest... Maintenant le Pays de Pontivy cherche à consolider l’action culturelle de son territoire, par une série d’actions réunies sous le nom de projet Mil Tamm. S’est ainsi créé le besoin d'un organe de communication pour faire état de cette vitalité culturelle. C'est le Cri de l'Ormeau qui va se charger de cette fonction, et qui en est particulièrement fier.
Cette nouvelle édition sera un bimestriel jusqu'à fi n 2010. Et en janvier 2011 ça devrait évoluer en écho de la culture de tout le Morbihan. Le Pays de Pontivy aura alors été le fer de lance, le levier, le moteur de notre développement sur le Morbihan, et peut-être ailleurs en Bretagne, qui sait ?
Ca fait 11 ans qu’on exhorte les Costarmoricains à aller voir les spectacles et expos qui leur sont proposés. On va maintenant exhorter les Nord-Morbihannais, avant d’aller exhorter plus loin. Si vous me répondez "j’ai pas l’temps", je vous répondrai "c’est une question de choix", et si vous me dîtes "j’ai pas les moyens"ou "j’y comprends rien à ces trucs d’intellos", la réponse sera moins simple, on en débattra.
Ensemble nous allons contredire Goebbels qui sortait son révolver quand il entendait le mot culture, pour suivre Francis Blanche qui sortait sa culture quand il entendait le mot révolver.
Nous sommes entrés dans l’année du tiger et ça nous stimule.

Patrice Verdure
Né aussi une année du tigre


Ecriture automatique

...tique...toc... Non, pas un tic ni un toc, réponds-je du tac au tac... l’habitude d’aller voir un spectacle ou une expo n’est pas une maladie nerveuse. C’est même bon pour la santé mentale. La toque du chef cuisinier, la baguette du chef d’orchestre, le rythme, le swing, le groove, la note juste du musicien, la diction, l’intonation du comédien, le pinceau, la palette du peintre, la corde vocale du chanteur, la gouge du sculpteur, le stylo, le clavier de l’écrivain, la plume du poète, le déclic, l’objectif du photographe... tout le monde sait utiliser ces outils, mais c’est quand-même bien quand ils sont utilisés de belle façon, non ?
Le Cri de l’Ormeau repère et répertorie (allitération en r) les artisans talentueux de ces outils qui œuvrent dans le territoire qui t’est accessible à toi, lecteur. Les crieurs que nous sommes sont fiers d’aider quelques dizaines de milliers de personnes à aller vivre des émotions artistiques.
J’ai vu un bambin de 2 ans pleurer de peur en début d’un spectacle de a. k. entrepôt fait pour eux. Ce spectacle était remarquablement bien fait, tellement qu’un adulte aussi peut y trouver du plaisir, tellement bien que le bambin s’est progressivement calmé, observant, riant enfin. Il a reçu sa première initiation au spectacle, ses premiers émois artistiques. Il n’est jamais trop tôt pour ça, et il faudra continuer pour conforter une chance d’être ouvert à l’art et la culture, qui lui permettra de devenir un humain réfléchi, critique, imaginatif, ouvert, ce qui est un avantage dans la vie pour exister dans ce monde difficile, un avantage au moins aussi important que l’argent. Objection : où est l’ouverture et la tolérance quand on se souvient qu’il y avait aussi des artistes chez les Nazis, et chez pas mal de gens réacs ?
Si le hasard t’a fait naître... disons par exemple... Haïtien, tu auras peut-être un peu plus de mal à vivre la vie du petit Guingampais culturé dont je viens de parler (et pourtant il y a beaucoup d’artistes en Haïti). Il faudrait reformuler la première phrase de l’article 1 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Ce droit est inaliénable, mais il y a des handicaps.
Ecriture automatique, tactique pratique d’écriture pas toc, t’es au taquet, t’es un peu toqué mais t’attaques par un truc qui te fait tiquer, tu t’entêtes et tac, t’as le ticket !

Patrice Verdure
Type toqué


Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas faire quelque chose qu’il ne faut pas le faire

On n’est pas des journalistes, pas des graphistes, pas des webmasters, pas des commerciaux, pas des gestionnaires, pas des artistes, pas des organisateurs de spectacles, pas des vidéastes, pas des secrétaires, pas des politiques, pas des riches, pas des pauvres, pas des menteurs, pas des hâbleurs, pas des fainéants, mais on est devenus un peu tout ça, sauf la dernière qualité. On pourrait dire que c’est le profil-type d’un Ormeau, mais bien sûr on ne l’a pas formulé comme ça dans l’offre d’embauche qu’on a récemment lancée. Quoi ? Une embauche ! Ben oui ! On va maintenant s’intéresser au Morbihan (c’est le scoop 2010), et il faut ça (voir article page suivante).
Si j’en reviens maintenant au titre de cette chronique, il faut bien avouer qu’il est idiot, et surtout là pour interpeller, pour provoquer. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il faut manipuler cette maxime avec moult précautions, surtout pas la prendre au pied de la lettre. En effet on voit quotidiennement tellement d’incompétences à l’œuvre, donnant des résultats catastrophiques ! Je rappelle que c’est en partie dû au principe de Peter, décrit dans l’édito de novembre*. Mais les grandes compétences ne sont pas à l’abri de l’échec non plus.
Ca me rappelle cette autre maxime de Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». J’entends ici que ce n’est pas parce que tu as acquis une bonne technique que tu vas t’en servir avec talent, grâce, harmonie.
Science et humanité, deux cultures isolées.

La pensée du mois. L’esplanade du Théâtre de verdure (sans majuscule !) dans le parc des Promenades à Saint-Brieuc vient d’être baptisée Esplanade Patrick Dewaere, en hommage à l’acteur français né par hasard dans cette ville un dimanche de 1947. Est-ce pour qu’à Saint-Brieuc la mémoire de Patrick Dewaere dure ?

Patrice Verdure
Pas triste


Quelques éditos des temps passés

Par curiosité, vous pouvez (re)lire quelques textes éditoriaux que nous avons commis ces derniers mois.
éditos d'avant 2008
éditos 2008
éditos 2009
L'agenda des 30 prochains jours
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